Que faire dans les environs : désert, rivière et vignobles

Abanilla est au nord-est de la Région de Murcie, entre Fortuna, Jumilla et la province d’Alicante. Ce n’est pas un lieu de passage : il faut venir exprès, et c’est pour ça qu’il est resté ce qu’il est. Voilà ce qui vaut le déplacement.

Mapa de los alrededores de Barinas Esquema a escala con Barinas en el centro y, alrededor, Abanilla, el río Chícamo, el desierto de Mahoya, Fortuna, la Sierra de la Pila, Pinoso, Jumilla, Murcia, El Hondo, Caravaca de la Cruz y San Pedro del Pinatar, cada uno en su dirección y a su distancia reales. 25 km 50 km 75 km Barinas Abanilla Río Chícamo Desierto de Mahoya Fortuna Sierra de la Pila Pinoso Jumilla Murcia El Hondo Caravaca de la Cruz San Pedro del Pinatar 25 km
Barinas au centre. Chaque cercle, 25 kilomètres.

Le village

On monte à pied dans le vieux centre d’Abanilla, et deux choses surprennent.

D’abord les escaliers peints. Une fresque court sur plusieurs volées : en bas un visage de femme qui regarde celui qui monte, plus haut des palmiers sur fond bleu. On ne la voit entière que depuis le pied de l’escalier, ce qui oblige à s’arrêter.

Ensuite les lavoirs, restaurés, leurs bacs de pierre alignés sous l’auvent et une fresque d’azulejos au fond. C’est là qu’on lavait le linge du village, et on l’a gardé au lieu de le démolir.

Les lavoirs publics d’Abanilla, restaurés, avec leurs bacs de pierre et la fresque d’azulejos
Les lavoirs publics et leur fresque d’azulejos.

Et au-dessus du village, le Sacré-Cœur, blanc sur le ciel, la Vierge sur le socle. À ne pas confondre avec celui de Barinas, qui n’est pas le même.

Le Sacré-Cœur d’Abanilla, blanc sur le ciel, la Vierge sur le socle
Le Sacré-Cœur d’Abanilla.

Les amandiers en fleur

De fin janvier à mars. Les collines pelées se couvrent de blanc et de rose pendant quelques semaines, puis c’est fini. C’est le plus beau moment de l’année, et le moins connu.

Un désert et une rivière, l’un au-dessus de l’autre

Ce qui distingue Abanilla, c’est d’avoir les deux collés : un désert de ravines qui était un fond de mer il y a quatre millions d’années, et en dessous une rivière qui coule toute l’année, avec ses palmeraies et ses vasques où l’on se baigne.

Le désert de Mahoya au coucher du soleil, les ravines blanches au premier plan et la sierra au fond
Le désert de Mahoya au couchant. Le sentier balisé PR-MU 74 le traverse en huit kilomètres.

Le désert de Mahoya, ce sont des marnes blanches et grises que l’eau a creusées pendant des siècles. Tout le monde parle de paysage lunaire. Allez-y tôt le matin ou en fin de journée : avec le soleil haut, le relief s’efface.

Le río Chícamo coule en dessous, dans le canyon d’El Cajer. Une bonne partie du sentier se fait les pieds dans l’eau — le lit de la rivière est le chemin. Il y a des vasques, petites, froides et transparentes, et des lauriers-roses qui fleurissent de mai à septembre. Les ravins abritent la plus grande concentration de palmeraies de rambla de toute la Région de Murcie.

Une femme assise sur la roche du río Chícamo, les pieds dans l’eau, près d’une petite cascade et des lauriers-roses en fleur
Le lit de la rivière est le chemin : une bonne partie du parcours se fait ainsi.
Une petite cascade sur le río Chícamo, entre lauriers-roses et roche calcaire
Une des cascades du Chícamo. Pas de garde-corps, pas de surveillant : l’endroit est resté tel quel.
Lauriers-roses en fleur de part et d’autre du lit du río Chícamo
Les lauriers-roses, de mai à septembre.

Pinoso, dans la région d’Alicante — 15 minutes

Un quart d’heure, et on change de province : Pinoso, El Pinós, c’est déjà Alicante. On y va pour le marché du samedi matin, sous la halle, et pour une chose qui n’existe presque nulle part.

Le Cabezo de la Sal est une colline de 893 mètres qui n’est pas en roche mais en sel gemme et en gypse — un diapir du Trias, l’un des meilleurs exemples d’Europe. On en extrait du sel depuis l’Antiquité. Et sur le Monte Coto, les carrières de marbre crème marfil, les plus grandes de la province.

Le village se parcourt à pied, par des rues pavées, avec l’église San Pedro en haut de son escalier : tour-horloge, campanile en ferronnerie et coupole de tuiles vernies bleues.

La Sierra de la Pila — moins d’une demi-heure

Parc régional depuis 1992, plus de 8 000 hectares de pinède sur une sierra calcaire. Les sentiers sont balisés et les carrefours signalés : le Pico de Los Cenajos, le Cerro del Pino de La Muela, la Fuente La Higuera. Le Mirador de Puerto Frío se rejoint en voiture, et un panneau nomme ce qu’on voit.

On y trouve des refuges en pierre sèche, ouverts, et les Pozos de la Nieve, ces puits où l’on tassait la neige l’hiver pour la descendre à Murcie l’été. D’octobre à mai, c’est la bonne saison. De l’eau, toujours : les sources ne sont pas sûres toute l’année.

Murcie, à 35 kilomètres

Une demi-heure de voiture. La cathédrale, la plaza de las Flores, la vieille ville, et le Teatro Romea, en activité depuis 1862.

En pleine calle Trapería se trouve le Real Casino, un cercle du XIXe siècle devenu le bâtiment le plus visité de la Région : patio mauresque inspiré de l’Alhambra, bibliothèque anglaise, salle de bal, et le boudoir des dames au plafond peint. L’entrée coûte environ 5 € avec audioguide et se fait en une heure ; les visites guidées qui l’associent à la vieille ville coûtent davantage et durent le double.

Si vous pouvez choisir votre date, venez au printemps : la Semaine sainte de Murcie est classée d’intérêt touristique international, et juste après arrivent le Bando de la Huerta et l’Entierro de la Sardina.

Un paso de Semaine sainte, de nuit, devant le Teatro Romea de Murcie, candélabres allumés et nazarenos dessous
Vendredi saint à Murcie, devant le Teatro Romea.

Et dès la mi-novembre la ville s’allume : le sapin, l’ange de la place de Belluga devant la cathédrale, et tout le centre à parcourir de nuit.

On y mange debout et sans hâte. Il faut goûter les michirones — des fèves sèches mijotées au chorizo et à l’os de jambon —, la marinera, le zarangollo et les anchois. En dessert, les paparajotes : des feuilles de citronnier enrobées et frites. La feuille ne se mange pas, même si tout le monde essaie une fois.

Et la nuit, la ville change : le Puente Viejo illuminé au-dessus du Segura, les terrasses au bord de l’eau, et la promenade du fleuve animée jusque tard.

El Hondo, pour les oiseaux — 40 minutes

Une des zones humides les plus importantes d’Espagne, entre Elche et Crevillente. Flamants roses, ibis falcinelle, et l’érismature à tête blanche, un canard rare qui s’y reproduit. Des observatoires en bois, un panneau qui nomme les espèces, et la meilleure lumière au lever ou au coucher du soleil. Des jumelles changent tout.

La mer, à cinquante minutes

Une cinquantaine de minutes jusqu’aux plages de la Costa Cálida et à la Mar Menor, une eau calme et peu profonde, commode avec des enfants.

À San Pedro del Pinatar, les salines : des passerelles de bois entre les bassins, les flamants roses et les bains de boue. On y va le matin, on rentre dormir à la fraîche dans la roche.

Passerelle de bois dans les salines de San Pedro del Pinatar, en direction de la mer
Les passerelles des salines, en direction de la mer.
La plage de San Pedro del Pinatar, le sable ouvert et la mer au fond
Et au bout de la passerelle, la plage.

Le vin, à côté

Jumilla est à quarante kilomètres : du monastrell, des caves qui se visitent, une appellation qui n’est plus un secret. Et de l’autre côté, à un quart d’heure, c’est à Pinoso que démarre la route des vins d’Alicante. Deux appellations différentes à une demi-heure l’une de l’autre : c’est rare.

Bouteilles de vin de Jumilla sur les casiers d’une cave
Jumilla, à quarante kilomètres.

Caravaca de la Cruz, ville sainte

Une heure et demie de route, et ça vaut le déplacement. Caravaca est l’une des cinq villes saintes du catholicisme — avec Rome, Jérusalem, Saint-Jacques-de-Compostelle et Santo Toribio de Liébana —, grâce au jubilé perpétuel que lui a accordé Jean-Paul II en 1998. Tous les sept ans, elle célèbre une Année sainte : la dernière fut celle de 2024, avec 800 000 pèlerins. La prochaine sera en 2031.

En dehors de ces années, la basilique de la Vera Cruz reste ouverte, en haut du village, avec sa façade de marbre rouge. À l’intérieur se trouve la relique qui donne son nom à la croix à quatre branches qu’on voit dans toute la Région, sur les portes et jusque sur les porte-clés.

Mais s’il faut retenir une date, c’est le 2 mai : les Caballos del Vino, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2020. Des chevaux couverts de caparaçons brodés à la main montent au château au galop, quatre hommes courant collés à eux sans jamais les lâcher. La montée dure moins d’une minute et se prépare toute l’année. Les fêtes de la Santísima y Vera Cruz se tiennent du 1er au 5 mai, avec Maures et Chrétiens.

Si vous venez à ces dates, réservez tôt : le village se remplit.

Une oliveraie avec des coquelicots en fleur aux abords de Caravaca, le village au fond

La Semaine sainte à Barinas

Pas besoin de descendre à Murcie pour voir une procession. Le village sort ses pasos deux fois : le dimanche des Rameaux, avec les palmes, et le dimanche de Pâques, avec le Christ ressuscité.

C’est une Semaine sainte de village — huit cents habitants, une banda, des porteurs qu’on croise le reste de l’année. Pas de tribunes, pas de chaises payantes, rien à réserver : on regarde depuis le trottoir, et on finit par parler à son voisin.

Ça tombe entre fin mars et fin avril selon les années. La procession descend la rue principale, en bas du village, fait le tour et finit à l’église. Elle ne passe pas devant la maison : on y descend par un petit chemin, cinq minutes à pied.

Procession de la Semaine sainte dans une rue de Barinas : le paso de la Vierge au manteau bleu et, en face, la figure à la palme
Dimanche des Rameaux à Barinas. La Vierge d’un côté, la palme de l’autre.

À 35 kilomètres, la Semaine sainte de Murcie est classée d’intérêt touristique international, avec ses pasos de Salzillo. On peut avoir les deux dans la même semaine : la grande le matin, celle du village l’après-midi.

Les jours de marché

Mardi à Barinas, samedi à Fortuna et à Pinoso, dimanche à Algueña. Entre les uns et les autres, la semaine s’organise toute seule. Et à Fortuna on mange la parrillada en panier : fromage grillé, charcuterie et viande, à partager.

Une parrillada servie en panier : fromage grillé, charcuterie, viande de porc et tomate

Où dormir

À Barinas, hameau d’Abanilla, nous louons une maison troglodyte avec piscine privée pour quatre voyageurs, en hauteur et au-dessus du village. Le désert commence devant la porte et la rivière est à dix minutes.

Le jardin du haut de Los Carujos, ses transats sur la pelouse et Barinas au fond
Le jardin du haut de la maison, Barinas en contrebas.

Jamais dormi dans la roche ? Ce qu’est une maison troglodyte, et pourquoi il y fait frais en plein mois d’août.